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Christophe Condello

"La victoire est un horizon accessible"

Mondes francophones

J'ai le grand plaisir de publier quelques poèmes sur le superbe site Mondes Francophones.
Une suite qui s'intitule: Dans l'attente.
Un espace et des articles à découvrir au plus tôt.

Christophe Condello

Voici une courte recension de "Le jour qui s'attarde" sur le site Poezibao:
Un grand merci à Florence Trocmé pour son magnifique et considérable travail depuis tant d'années.

9ème marché de la poésie

Le 9e Marché de la poésie de Montréal se tiendra du 29 mai au 1er juin prochain, place Gérald-Godin, au métro Mont-Royal.
Hélène Dorion et Normand Baillargeon en sont les invités d'honneur.
 
Pour Hélène Dorion, la poésie est et demeure une façon de résister. Résister aux modes, qui trop souvent nous emportent avec elles. Résister au courant social qui reste beaucoup à la surface, «dans la rapidité, les reflets, les illusions». Pourtant, Hélène Dorion est tout à fait de son temps et ne craint pas d'englober le monde tout entier dans son oeuvre, qui se dresse comme une dentelle fragile au milieu du tumulte. Son prochain recueil, attendu à l'automne, s'appellera Le Hublot des heures; il s'intéresse notamment aux avancées technologiques. C'est un appel à la lucidité devant cette forme d'instrumentalisation de la vie.

«Je considère que la poésie peut tout rejoindre, dit-elle, tout englober. Pour moi, c'est la part du risque, c'est comme se jeter en haut d'une falaise, éprouver le vertige de rejoindre le plus grand que nous, et que le plus grand porte le plus petit.»
 
Pour Normand Baillargeon, la poésie est «quelque chose d'irremplaçable, quelque chose d'extrêmement puissant. C'est un art qui réussit à produire un maximum d'effets avec un minimum de moyens». Et s'il a tenu, avec Sève et sang, à publier un recueil de poèmes engagés, Normand Baillargeon s'abstient bien de faire un lien systématique entre poésie et engagement.

«C'est un lien que je fais, mais c'est un lien prudent, dit-il. Il est absolument possible pour une poésie de ne pas être engagée du tout et d'être une excellente poésie. Certains poètes, en voulant s'engager, ont produit des horreurs sans nom. Les poèmes d'Éluard à la gloire de Staline, par exemple, c'est absolument imbuvable.» Pour Baillargeon, il y a cependant, dans certains cas, un miracle qui se produit, celui d'allier la grande poésie à la grandeur d'un engagement. Les poèmes de Sève et sang proviennent autant de l'époque de la Renaissance que de poètes contemporains. Souvent découverts à l'adolescence, ils ont accompagné Normand Baillargeon tout au long de sa vie.

Christophe Condello

Une page de présentation sur le site Mondes francophones: http://www.mondesfrancophones.com/bios/ccondello

Solovox

Mercredi, le 4 juin 2008 à 20 h 00
à la BIBLIOTHÈQUE MARIE-UGUAY
6052, boulevard Monk
métro Monk, autobus 36 Est
Rens:  (514) 872-4097

avec ÉRIC ROGER et ses invités :

 IVY

FRANCE BONNEAU

RÉJEAN ASSELIN (musique)

MARIE-ÈVE COMTOIS

DANIEL LEBLANC-POIRIER

* MICRO OUVERT *

Edmond Rostand

C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière

Marches solaires

Nos marches solaires

s’éloignent

 

je me perds

sur les frontières fragiles

où ton regard s’est posé
 
                 cc
 
 

Prix Émile Nelligan

Montréal, le 12 mai 2008 - C’est à Danny Plourde, pour son recueil Calme aurore (s’unir ailleurs, du napalm plein l’œil) publié à l’Hexagone, que le jury a choisi, à l’unanimité, de décerner le prix Émile-Nelligan 2007.

Jacques Paquin, président du jury, soulignait dans son éloge que « dans ce recueil qui renoue avec une poésie critique et engagée et où le je est jeté aux oubliettes pour ne pas ajouter à l’imposture, Danny Plourde dit la tendresse et la rage avec des images fortes et un rythme syncopé. […] Nous sommes touchés et pris par une écriture qui affirme ses partis pris. »

Le jury, également composé de Michel Garneau et Élise Turcotte, avait sélectionné deux autres finalistes : Kateri Lemmens pour Quelques éclats (Le Noroît) dont « l‘écriture allie le halètement et la douceur pour nous jeter en plein délires et désirs, là où on apprend à mourir. » et Alexandre Trudel pour Masque de taureau (Écrits des Forges) qui « nous offre parfois des coups au cœur tant les images sont justes et étonnantes. » Le jury a tenu à saluer « les belles échappées dans ce recueil très touchant où le monde est un asile où un fou monologue au beau milieu de l’arène. »

Au cours de la cérémonie, Michel Dallaire, président de la Fondation, a remis au lauréat une bourse de 7 500 $ ainsi qu’une médaille à l’effigie du poète Émile Nelligan.

Rappelons que depuis 1979, au printemps de chaque année, ce prix de poésie couronne un ou une poète de 35 ans ou moins d’Amérique du Nord pour un recueil publié en français au cours de la dernière année et constitue une récompense plus qu'importante pour le poète en pleine émergence.

Le jardin secret des auteurs

Les écrivains Rhônalpins exposent leurs textes dans les jardins de Lyon.
Vendredi 30 mai, samedi 31 mai et dimanche 1er juin 2008.
Jardin de la Basoche, jardin rue du Boeuf, jardin des Estrées, quartier du Vieux Lyon- Lyon 5ème.
Les auteurs:
Eugénie Opou, Anne-Lise Blanchard, Alain Larchier, Bérangère Peuvrel, Bernard Foray-Roux, Bernard Jadot, Christelle Ravey, Christiane Desroche, Christophe Condello, Claude Secondi, Élyane Gastaud, France Lestelle, Gabriel Le Gal, Geneviève Cornu, Geneviève Vidal-De-Guillebon, Henri Lilienthal, Hervé Rigot-Muller, Jackie Plaetevoet, Jean-François Dupont, Jean Gabard, Martine Chifflot-Comazzi, Michel Loude, Nicole Provence, Pascal Dupin, Pierre Coeur, Robjak, Sylviane Sarah Oling, Rémi Cuisinier et José Serrano.
Bienvenue à tous.

Paul Badin

L’Angle et le Zénith
 
(suite)

 

T

 

Dans l’empire aujourd’hui

des machines

et du temps monnayé

qui sait lire encore ces livres

l’esprit neuf

comme on apprend

le chemin des textes

léger affranchi des dominations ?

L’esprit de l’étude

s’est fait trouble opportunité

Tant de travail

pour mener à des tumultes

il y a peu encore inimaginables

Terre boursouflée

théâtre de rage de ruines

de prodiges et de larmes

cherche son troisième pôle

sur l’axe de tolérance

De grands témoins existent

mais saturées les ondes

 

 

U

 

Les livres ne manquent pas

piliers de haute unité

les Odyssées

les Comédies Divines

puis Humaines

ceux des voleurs de feu

- d’Icare à aujourd’hui -

les Bouddah, les Camus…

Utopies de mains burinées

gestes de frères

scribes

marqueurs de pierre

porteurs de calame

enlumineurs

les pétrissent à bonne école

chérissent

l’usage unique

tous passeurs de sens

autant que leurs auteurs

et conscients de l’urgence

 

 

V

 

On n’a jamais fini

de bichonner un livre

c’est le temps - heureusement –

qui clôt le travail

pour qu’il trouve en soi-même

sa lente voie de lumière

Nulle vérité n’habite l’homme

elle le traverse quelquefois

comme ces photons primordiaux

du Big Bang

plus rares que la chance

l’effleure à prodigieuse vitesse

aux êtres de vigilance

de savoir saisir

ces visions fugitives

Tel le miracle du verbe :

mots incarnés

d’épaisseur domestique

ignorant les règles

de leur intime vocation

 

 

X

 

Les lettres ne sont

ni xénophobes

ni xénophiles

la bête qui sommeille 

aux méandres de l’homme

les marque

du sceau infâme de l’Exode

le lait

des comptines de l’enfance

du miel des tendresses

qu’invoque La Genèse

De tous temps les hommes

fourbissent les armes des mots

selon leurs aspirations

le Ciel ou Satan

tous ont quitté la chrysalide

- le simple appareil d’innocence -

point d’autre alternative

qu’un lent total dépouillement

des pulsions profondes

 

 

 

Y

 

Aux yeux qui croient

- fenêtres d’une âme ou non –

elles sont le vibrant symbole

de devenirs possibles

toutes yoles offertes

aux souffles créateurs

même tues

elles rassemblent

en leur vibrant secret

Qu’expriment-elles d’autre

- gratté le vert de gris du temps -

sinon notre sympathie

envers l’extrême ?

Elles bâtissent

pierre après livre

le sanctuaire de la pensée

chaque œuvre en son tropisme

signe vibrant

d’une charge d’un lieu

que visite l’esprit

 

 

Z

 

Tant que durent

- ensemble -

notre soif et notre aridité

il s’échappera encore

du double sépulcre entr’ouvert

un peu de notre alarme

un peu de notre zèle

L’alphabet revisité

- ces vingt quatre lettres possibles

quelque soient les zones d’ombre

en déshérence

et notre angle singulier -

demeure

au zénith de notre parcours

l’intime conviction

de se savoir chaînon

lignée en perpétuelle expansion

Il suffit que cette chair

bornée par les Trois Parques

participe d’un tel infini

Paul Badin

L’Angle et le Zénith
 
(suite)
 

M

 

Mais fuir les clans, les sectes

les corporatismes

les mages les moutons

les Petits Pères des Peuples…

Les rites dessèchent

ils ne mènent qu’au désert

les sociétés secrètes

secrètent les fanatismes

avant qu’ils ne s’éteignent

de lente indifférence

Le mal au seuil de nos maisons

règne en maître et martyr

si la mort est l’ultime clé

le mystère est la solennelle porte

mais le mirage hante le miracle

ce ne sont que miettes de mémoire

que l’on porte au pinacle

C’est merveille que cette alchimie tienne

quand il suffit d’un mot

pour une épidémie de haine

 

 

 N

 

Le nom ne codifie pas

il exhale ses nœuds

le cœur insoumis

l’exalte comme il peut

Il est repère astral

nuit de connaissances

voie actée des risques humains

sous la voûte

naufrage de laves et de luttes

toutes nefs éteintes

neige de nécessités

trop souvent écrasées

sous les chenilles réglementaires

naissances répercutées

par l’écho des tribulations

noblesse et niaiserie en marche

Il est nippe et nourriture

louange comme lâcheté

lyre et loterie nomade

insaisissable en sa nature

 

 

O

 

Il est tant advenu

d’occasions à nommer

lors de cette oasis en Vaucluse

modique épiphanie

amis dont nul ne l’oublie

vous fûtes les initiateurs

Vous nous conduisîtes

vers les origines

et coiffant le tout

cette liesse encore inédite

en forme de chapelle

à Beaumont-du-Ventoux

tendre pierre de soleil

sur son éperon de lumière

outil commun

entre l’oracle

et l’oraison intenses

L’œil en survivance

par delà la tribune des ombres

nous épelions l’œuvre

 

 

P

 

S’il importe que des êtres

se parlent

plus encore

- toutes saveurs convoquées –

qu’ils maçonnent  ensemble

- projet en partage -

un peu de l’édifice commun

La pierre est sacrée

qui participe de la plénitude

de l’astre, sa poésie

- sa mise en ordre -

est une mission de peuple

sa promesse, ses rejetons multiples

Pèlerins des lentes transhumances

et chemins de la pensée

nous risquons tant de petitesses

d’obscurités d’ouvrier

à la tâche. Mais voici la preuve :

un alphabet de paix

sous le mont qui l’inspire

 

 

R

 

Une rose par ces rayons

vient buissonner

- lumineuse élue -

au rythme de l’épousée

son parfum

pénètre d’autres murs

il suffit qu’ils soient

dans l’attente

Lente distillation

du suc intact

des racines

Au réveil

la permanence des effluves

les rêves légers

l’exacte respiration

grégorienne

à deux voix unies

et - rite exhumé

des jardins de mai - l’ascension

à la ferveur du roman

 

 

 

 S

 

Remontent à la conscience

Béatitudes  & Paraboles

boisseau d’images

sacrées indéfectibles

sagesses accouplées

qui balisent un pacte d’amour

dix siècles en amont forgé

par un peuple simple

entre bergerie

et moulin à farine

Où trouver meilleure source 

sinon là où se fréquentent

les justes tables ?

Salut jamais sûr pour autant

trame d’espoirs seulement

ou d’horreurs c’est selon

et quelles semences élire

sous ces soleils brouillés ?

Les mots : quelle science préside à leur choix

eussent-ils même été les leurs ?

 

Paul Badin

L’Angle et le Zénith
 
(suite)
 

E

 

Impassible le fleuve

en ses eaux visiteuses

ignorant l’encre vénéneuse

tendre l’épaule des feuillages

et frémissements de lumière

quand l’enjeu des rafales

- au loin tapies -

n’est qu’énigme

C’est l’atmosphère toute entière

qui se charge

à mouiller une à une

les salves d’espoir

l’érosion du mystère

démultiplie l’ennui

l’hydre des pouvoirs

perd le sens d’équilibre

l’esprit de l’oued

adopte l’intermittence

oublieux des leçons

de l’échec quotidien

 

 

F

 

On y respire encore

à sa convenance

tellement mieux

que dans cette matrice Afrique

au sud

qui se meurt de futur

l’infini

s’y est définitivement brouillé

sur les grandes pistes

de la faim

Aucune foi comme antidote

au fléau d’indifférence

inoculé en pleine force de l’âge

aux foules de jouissance

par les marchands du temple

les pensées sont obèses

les frères ponctionnés

ou piétinés

des fumées s’accumulent

sur quelle foudre qui couve ?

 

 

G

 

Vociférer contre ces salissures ?

elles pavent nos rues

ponctuent nos gestes

depuis toujours

et guerres plus que jamais 

Porter le glaive ?

mais qui croit encore

aux croisés

de notre côté ?

Résister ? oui

attitude en soi grave

devenue aussi délibérément

unique

que la pensée du même nom

qu’elle pourfend pourtant

 - avenir à ce point gâchis

qu’on en est réduits à

ne plus le désirer -

Les germes sont-ils à ce point pourris

que toute grâce s’étouffe ?

 

 

H

 

Oiseaux toujours

aux avant-garde du jour

que nous chantez-vous 

qui désaccorde

à chaque heure un peu plus

la grande honte en nous

ne résout rien 

de ce qui nous revient

d’honneur à dresser

aux tables hospitalières ?

L’horizon filtre ses chances

à la lumière aux ombres

- le temps du grand jugement

non encore advenu –

pèse les éveils les haines

la moindre herbe recommencée

Point de hasard

on le sait maintenant

dans la mécanique des climats

homme qui trop lâche les rênes

 

 

I

 

La rose qui se penche

- intimité extrême -

à mêler son souffle

- ivresse habitée –

à notre indigence

que sait-elle

des lentes décadences

elle qui depuis Pierre de Ronsard

sa consœur

a tant perdu de son odeur

de ses réserves de trouble ?

Lent idéal d’immortali

dépéri dans l’illusion

les parfums d’artifice 

présence peu à peu vidée

belle lindustrie des hommes !

À trop lâcher la bride

à l’intelligence

le cœur finit par perdre de vue

son étoilée d’icônes

 

 

 J

 

Nous questionne justement

ce sépulcre entr’ouvert

- vide libéré -

gravé aux extrémités du linteau

d’une petite chapelle

isolée

à Beaumont en Vaucluse

non loin

du Ventoux

où s’allaite toujours notre joie

Les âges plus anciens

avaient d’autres fraîcheurs

ils essaimaient des lettres

- jalons à forger -

un alphabet pour équateur

à hauteur de regard et de jeu

né de la jeune sueur

des tailleurs de pierre

apte à enseigner

les justes espérances

 

 

K

 

Ils pointaient

des axes

ceinturaient

des frayeurs

élargissaient

les terres d’aventure

- et kyrie

pour tous les kamikazes -

Leur naturel foisonnement

de pré en fleurs

- tandis qu’un village

de martinets

exulte et danse

… au-dessus de nos têtes

merci poète voisin -

n’excluait ni l’ordre

ni la parousie

Kaléidoscope

de crainte et de courage

cette enceinte en éclats d’encens

 

 

L

 

La puissance est verbe

moins la faiblesse qui l’usurpe

le livre est labeur

révélation

ou ne mérite rien

Pouvoir né des lettres

capable de les grandir

de s’en émanciper

immenses les voies

qu’il ouvre

Pour faire plus simple

manne du quotidien

tant s’y déchiffre

la lumière

et les zones d’ombre

de toute lampe

Laitance de langue

lieu de liberté

grandir en ce levain

s’y dissoudre serein

 

Paul Badin

L’Angle et le Zénith

 

L’esprit souffle au bout des doigts.

(Henri Bergson) 

pour Joël-Claude Meffre
 

Lettres reliées

On était parvenus, avec Suzon et Paul, au lieu de la chapelle, ayant gravi les escaliers parmi les chênes verts, les yeux tournés vers une sorte de trouée de lumière tout en haut, là où sont les rideaux d’arbres serrés. Et puis le vaisseau de pierres ocrées nous est apparu, parmi les murets de calcaires.

Chaque fois que je vais sur ces lieux, en montant les escaliers, je me répète l’affirmation de Tolstoï : « Dieu est mon désir ». Je vais vers mon désir, sans doute, mais je ne sais quel il est, tant il paraît multiforme ; celui de Dieu retourné sur lui-même, peut-être, domine, retourné alors comme un gant, face au monde, Présence à chaque instant réactualisée. Le désir que le jour vienne et que les escaliers ne cessent de monter vers un vaisseau qui vogue, voilà aussi un autre rêve que je fais en ce lieu, à la chapelle du Saint-Sépulcre, édifiée à l’âge cistercien, ancrée au versant de la colline, hameau des Valettes.

Avec Paul et Suzon, je vois les murs de moellons imprégnés de lettres alphabétiques sur la façade, qui sont disséminées comme des graines, qui furent destinées à la consécration du vaisseau. L’une d’entre elles forme le nom d’UGO, le tâcheron, le constructeur itinérant. Mais on découvre ensemble ce que je n’avais su voir avant : les quatre murs formant la nef et celui du chevet ont un bandeau de lettres disposées dans l’ordre à hauteur d’homme (du A au C sur la façade sud, du E à K sur le dos du chevet à l’est, du I à S sur la façade nord, et les lettres « dures » S, T, U, V, X, Y, Z, à l’ouest). C’est la chapelle aux lettres. On a découvert ensemble ce que d’autres savaient avant nous. Cette découverte, désormais, est notre bien, notre trophée.

L’abécédaire du Saint Sépulcre n’engendre rien que ses propres lettres, répétées trois fois, scellées dans les lits des moellons, à portée des yeux, avec l’alpha près de la porte qui sourit à l’oméga sur l’autre piédroit. Ce sont des lettres d’espoir peut-être, sans doute, des lettres, comme matrice de toute écriture, qui attendent ici. On en déroulera tant et tant, formant tant de mots qui courent toujours à leur perte et qui renaissent du sépulcre humain, à chaque fois.

Je me suis dit que les murs n’ont pas d’oreilles ici ; mais ils portent le sens de ce qu’elles sont, placées lit sur lit ; elles nous attendaient, il est vrai ; et le fruit de cette expérience commune inoubliable indique qu’il revient seul à Paul Badin d’écrire maintenant avec les lettres un long ruban de mots désirés.

 

Joël Claude Meffre

 

A

 

Écrire à l’angle

des rencontres

dans la flèche

l’errance

la dilution

d’une traversée

fasciné d’absolu

d’aube

de pestilence

attiré par le sang

des tendresses

des héroïsmes

des abîmes

forgé dans l’argile commun

la honte

l’orgueil…

Sous les humeurs de l’âme

aucun tuteur

qui permette de croître

uniformément droit

 

B

 

Les mots s’engouffrent

dans l’entonnoir

avide et qui se creuse

dedans nos manques

- tropisme oblige –

entre l’angle de visée

- combat de la bête contre le bien –

et l’angle de pulsion

- qu’il soit base ou balise –

La beauté

- fragile braise -

naît du choix du lieu

d’où l’on tire ses angles

écho et blason 

de quelle scène primordiale ?

Le percevoir

n’élimine pas

la diffraction de la vie

l’assume

en meilleure plénitude

 

C

 

Ce carnet d’abbaye

façonné à Sénanque

huit par douze centimètres

prévient tout envol

vers les certitudes

- entre nous chancelantes –

oriente la conscience

vers des fragments

à reconstituer

- notre chasse quotidienne -

Encore n’a-t-on pas

vraiment à se plaindre

en ce continent

à relents de moisissure :

tant de création

accumulée

d’humanisme

bousculé

loin des cris

du carnage actualisé

 

D  Q  W

 

Le destin a frappé

coups de déclin

nouveaux défis

désastres et délices

chacun s’arroge

le doigt de Dieu

Q W doublons

qu’abandonnent les clercs

et D les petites mains

n’honorent pas l’alphabet de taille

de la chapelle quiète

du Saint-Sépulcre

Quête toujours inaccomplie

de la couple grecque

αlpha et Ωmega

ouvrent l’expansion infinie

Si Gutenberg connut leur foi

fragiles la lettre et l’esprit

malgré les milliards de watts

de la conscience en création

 

L'auteur:

 Né en 1943 en Anjou où il réside, professeur de lettres, ex-coordonnateur lecture-écriture à la Mission d’Action Culturelle du Rectorat de Nantes, ex-président-fondateur du Chant des mots (saison poétique et littéraire d'Angers) et directeur de publication de sa revue de poésie, N4728.

 1970, découverte - capitale - de la poésie de René Char, premiers poèmes et rencontres aux Busclats (L'Isle sur la Sorgue) de 1978 à 1988…

 Ouvrages:

chez l’auteur : 18 recueils publiés entre 1979 et 1992

chez les éditeurs 

-Les plis du temps, Ed. Caractères, 1995

-Clair de Chine, Ed. Soc et Foc, 1996, traduction, calligraphie, peinture : Yan Wenli et Cheng Jing Ping

-Krama, Ed. Pays d'herbes, 1996 (Cambodge),bois gravé, couleur : Liselotte Voellmy

-Pureaux, Ed. Cahiers bleus, 1998

-Ricercar, Ed. L'Amourier, 2000

-Onze d'été,  Ed. Tarabuste, Triages n°13, 2001

-La Loire en barque ce matin, Ed. José Saudubois, 2002, photographies noir et blanc : José Saudubois

-Loire, Ed. Tarabuste, 2005, peinture : Martin Miguel

-Rives Sud, Le chat qui tousse, gravure Gérard Houver

-Chantier mobile/Bewegliche Baustelle, Verlag Im Wald/ Editions en forêt, 2006, gravures Gérard Houver

-Jardin secret, L’Aile Editions, 2007, gravures couleur et noir et blanc : Gérard Houver.

Robbert Fortin

TU M'AS JAMAIS VU TOI

Tu ne m'as jamais vu toi
dépasser le sel des morts
avec des gestes de vertige
les paumes alertes aux grenades du soleil
le visage inquiet dans les coulisses des fables
la chevelure noire comme un toit qui s'écroule
le cœur par terre à réparer ses désastres
à ce point défait pour finir dans la cendre
avec des os qui fendent la pierre

tu ne m'as jamais vu toi
les yeux plus paisibles qu'une planète
je m'éclipse comète vers l'aube
dans une fournée d'étoiles
pour dépasser l'horaire
que tu me donnes à suivre

tu ne m'as jamais vu toi
quand je m'éveille
aussi vaste que la terre

- Robbert Fortin

Che Guevara

Soyez réalistes : demandez l'impossible.
[ Ernesto "Che" Guevara ]

Tournoiement des désirs de France Boucher

Après Sur l'échiquier en émoi paru en 2003, voici le nouveau recueil de France Boucher, Torbellino de deseos / Tournoiement des désirs, publié directement en édition bilingue, français et espagnol (Mantis editores/ Écrits des Forges). Ce recueil propose une série de textes poétiques d’un seul long souffle. Dans les deux premiers poèmes, prologue à l'ensemble, la poète  «marche sur une passerelle / à côté du siècle», consciente des environs et des «rêves en équilibre». Puis dans les textes et les tableaux suivants, un vent de changement nous transporte.  Ainsi «Au-delà des accolades», «la veine du vent / découpe les voyelles», parce que «la vie résonne» dans cette suite de poèmes ancrés dans le quotidien et dans le monde à la fois intact et déchiré. Ce recueil de France Boucher célèbre la vie, l'espoir, le mouvement. On pourrait y lire en sous-titre, Sonate d'eaux majeures, car s'installent, tout au long des textes, un rythme particulier ainsi que la mer ou le fleuve. L'imagerie nous porte subtilement d'une saison à l'autre, des désirs aux gestes, du présent au passé. Parmi les thèmes émergent la fête, la liberté, le dépassement, l'enfance, le désordre ou la folie. En bref, l'atmosphère du recueil relève à la fois de l'onirisme et de la lucidité.

Tournoiement des désirs ou l'exploration de différentes soifs de vivre: "Chercheuse d'or / les paupières imaginent l'ampleur / cueillent le mystère / la lavande et le jade / à travers les iris".

L’auteure : France Boucher vit à Montréal. Depuis 1989, elle fait paraître des chroniques littéraires et des poèmes dans diverses revues et anthologies. Elle a déjà publié trois recueils aux Écrits des Forges, Le temps au passage en 1998, L'espoir autour du cou en 2000 et Sur l'échiquier en émoi en 2003, coédité par Le Temps des Cerises. En 2004, elle codirige le numéro de la revue Arcade sur Le sacré. Depuis 2006, elle est membre du comité de rédaction de la revue mouvances.ca. Torbellino de deseos / Tournoiement des désirs est son quatrième titre aux Écrits des Forges.

Un livre, d'une personne exquise, à lire absolument.

Poètes du monde

MANIFESTE UNIVERSEL
de
«POÈTES DU MONDE»
 

 

Poètes du Monde, l’heure est venue d’unir nos forces pour assurer la continuité de la vie. Nous sommes les Guerriers de la Paix et les Messagers d’une nouvelle étape pour l’Humanité. Nous sommes les Poètes de la Lumière, et la Lumière est le véhicule qui nous conduit jusqu’à la convocation à laquelle nous ne pouvons, sous aucun prétexte, cesser d’honorer. Nous vivons actuellement le processus de mort d’une étape dégénérée et la naissance d’une NOUVELLE ERE dans laquelle le poète a un rôle déterminant à jouer.
L’humanité vit des temps décisifs pour assurer sa survivance : elle poursuit sa route vers le précipice qui la conduit à l’extinction ou alors elle change de cap et met barre sur le dépassement collectif qui lui assurera une large subsistance.
Depuis les temps les plus reculés dont l’homme se souvienne, l’existence humaine a toujours été tenue de coexister avec les milieux environnementaux qui, jusqu’à présent, lui ont assuré et continuent de lui garantir la faculté de vivre. Parallèlement et paradoxalement, l’homme dans son empressement d’être plus, de croître et de croître, a peu à peu détérioré la planète, la poussant jusqu’aux limites qui mettent en péril la potentialité de continuer d’exister comme espèce. Si l’homme ne change pas de comportement, ET DE SUITE !, les prochaines générations auront de véritables raisons de nous haïr.
Par ailleurs dans ce même contexte, à sans cesse vouloir être toujours PLUS, croître et subsister, non seulement s’amenuisent les ressources matérielles de la planète mais également les ressources humaines, nous conduisant dans l’impitoyable et criminelle compétition entre les hommes. A tel point qu’aujourd’hui, nous nous entre-tuons pour exister, pour croître ou simplement pour dire : JE SUIS, ceci ou cela, mais JE SUIS ! ou alors je suis plus que toi...
Au même titre que nous détruisons constamment la planète, en utilisant abusivement ses ressources naturelles et humaines, nous fabriquons des armes de destruction massive, capables de détruire l’humanité tout entière en quelques heures ; la suprématie du pouvoir, elle, se concentre toujours entre les mêmes mains, celles que nous connaissons aujourd’hui comme Empire[s].
Bien heureusement, tout n’est pas négatif. Le chaos moral, le chaos éthique, le chaos politique avec ses guerres infâmes, le chaos économique et ses vérités absurdes ne sont que des manifestations de l’ACCOUCHEMENT DE L’HISTOIRE. Ainsi même et comme lorsqu’une femme donne naissance à un enfant, une étape arrive à son terme et une nouvelle période émerge de son sein.

Voici le lien qui mène à ma page:

http://www.poetasdelmundo.com/verInfo_america.asp?ID=4122


 

Le capital des mots (numéro 8)

L'excellente revue électronique Le capital des mots numéro 8 dirigée par Éric Dubois est en ligne à partir d'aujourd'hui (2 mai 2008).
 
Au programme, des textes de:
Eric Dubois
Alain Suied
Henri Meschonnic
Françoise Orio
Dana Shishmanian
Laurent Fels
Guy Chaty
Jacques Rolland
Claire Vriet
Xavier Philiponet
Stella Vinitchi Radulescu
Gilles-Marie Chenot
Camille Aubade
Denis Emorine 
Christophe Condello
Jean-Jacques Nuel
Michel Aguilar
Daniel Leduc
Jean-claude Awono
François Szabo
Anne-Lise Blanchard
Jean-Jacques Dorio
 
On retrouve tous les textes à cette adresse:
 
Bonne lecture.
 

Maria Zambrano

La prouesse de la philosophie grecque fut de découvrir et de présenter comme sien cet abîme de l’être situé au-delà de tout être possible, ce qui est la plus poétique des réalités, la source de toute poésie.